
Le 3ème trimestre 2024 marque la remontada des valorisations des PME non cotées en zone euro. Après trois ans de baisse continue qui avait fait passer l’Argos Index de 11,6× à 8,9× l’EBITDA, l’indicateur de référence des transactions mid-market européennes signe son premier rebond significatif à 9,5× l’EBITDA. Ce mouvement est tiré par les fonds de private equity (10,1×), tandis que les acquéreurs stratégiques restent plus prudents à 8,8×. L’écart entre les deux profils s’établit à 1,3× EBITDA au T3 2024, confirmant une évolution structurelle amorcée depuis 2021.
En bref
Argos Index T3 2024 : 9,5× EBITDA en multiple médian, soit le premier rebond significatif après la phase de baisse 2022-2023. Les fonds d’investissement tirent la hausse à 10,1× EBITDA (vs 8,6× au T2 2024, +8,6 %), tandis que les acquéreurs stratégiques progressent plus modérément à 8,8×. L’écart entre les deux profils atteint 1,3×, confirmant le retournement structurel observé depuis 2021 (avant 2021, les stratégiques payaient 0,2× de plus que les fonds en moyenne sur 2004-2020). Les facteurs : baisse de l’inflation sous 2 % en septembre 2024, première baisse des taux directeurs de la BCE, reprise du marché LBO.
| Indicateur | T2 2024 | T3 2024 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Multiple médian (VE/EBITDA) | 9,2× | 9,5× | +0,3× |
| Fonds d’investissement | 8,6× | 10,1× | +1,5× (+8,6 %) |
| Acquéreurs stratégiques | 8,5× | 8,8× | +0,3× |
| Écart fonds / stratégiques | 0,1× | 1,3× | +1,2× |
À retenir
- Multiple médian Argos Index T3 2024 : 9,5× EBITDA, premier rebond après 3 ans de baisse (de 11,6× à 8,9× entre 2021 et T2 2024).
- Fonds d’investissement : 10,1× (+8,6 % vs T2 2024) ; acquéreurs stratégiques : 8,8×. Écart 1,3×.
- Activité M&A mid-market : +7 % vs T3 2023.
- Polarisation réduite : multiples extrêmes (sous 7× ou au-dessus de 15×) représentent moins de 40 % des transactions, retour vers la moyenne 5 ans.
- Moteurs : inflation zone euro < 2 % en septembre 2024, première baisse de taux BCE, reprise du LBO.
1. Argos Index T3 2024 : 9,5× EBITDA, le rebond de la remontada
Après trois années de baisse continue qui avait amené l’Argos Index de 11,6× à 8,9× l’EBITDA, le 3ème trimestre 2024 marque le retournement attendu. Le multiple médian VE/EBITDA atteint 9,5×, soit la première progression significative depuis 2021. Cette hausse touche tous les segments du mid-market : les entreprises les moins performantes voient leur multiple passer à 7,2×, les plus performantes atteignent 12,3×.
1.1. Trois moteurs du rebond
- Décrue rapide de l’inflation : l’inflation en zone euro recule en deçà de 2 % en septembre 2024 sur base annuelle, plus rapidement que prévu (source Eurostat). La croissance du PIB atteint 0,4 % au T3, dépassant les prévisions du consensus.
- Première baisse des taux de la BCE : la Banque Centrale Européenne entame son cycle de détente, ce qui restaure l’accès au financement à effet de levier pour les acquéreurs.
- Reprise du marché LBO : l’activité des leveraged buyouts repart sous l’effet conjugué de la baisse du coût de la dette et du retour de confiance des fonds.
1.2. Un marché moins polarisé
Au-delà du rebond du multiple médian, le T3 2024 est marqué par une réduction de la polarisation. Les multiples extrêmes (sous 7× ou au-dessus de 15× l’EBITDA) représentent moins de 40 % des transactions, en recul vers la moyenne des cinq dernières années. Les opérations sous 7× EBITDA (souvent associées à des entreprises en difficulté) ne pesent plus que 22 % du marché. L’écart interquartile, qui mesure la dispersion entre les transactions les moins chères et les plus chères, diminue aussi : le marché retrouve un équilibre.
2. Les fonds de private equity tirent la hausse à 10,1× EBITDA
La hausse du T3 2024 est asymétrique : elle est presque entièrement tirée par les fonds d’investissement, dont les multiples passent de 8,6× à 10,1× l’EBITDA, soit +8,6 % en un trimestre. Plusieurs facteurs convergent.
- Disponibilité des capitaux : les fonds ont levé des montants significatifs entre 2021 et 2024, leur offrant une marge de manœuvre pour investir avant la fin de leurs cycles d’investissement.
- Faible coût de la dette : la détente de la BCE rend le financement à effet de levier plus accessible.
- Concentration sur des actifs de qualité : les fonds ciblent les entreprises résilientes face aux cycles économiques, même à prix élevé.
- Reprise du levier dans l’upper mid-market : le segment au-delà de 250 M€ retrouve un environnement favorable aux transactions audacieuses.
Concrètement, les fonds représentent au T3 2024 plus de 45 % des opérations supérieures à 250 M€ et 57 % des transactions à plus de 15× l’EBITDA, principalement sur le marché secondaire (rachat de portefeuilles entre fonds).
3. Les acquéreurs stratégiques restent prudents à 8,8× EBITDA
Les acquéreurs stratégiques (groupes industriels et de services cherchant à renforcer ou diversifier leurs activités) progressent plus modérément à 8,8× EBITDA, en ligne avec le rebond des marchés boursiers cotés. Ils privilégient les acquisitions transformantes capables de bouleverser leur positionnement mais à des conditions tarifaires soignées. Cette discipline se traduit par leur sur-représentation sur les opérations à bas multiple : plus de 60 % des transactions sous 7× EBITDA leur sont attribuées.
4. Un écart structurel entre fonds et stratégiques depuis 2021
L’écart entre multiples payés par les fonds et les acquéreurs stratégiques atteint 1,3× EBITDA au T3 2024, marquant une évolution structurelle amorcée depuis la crise du Covid-19. Historiquement, sur la période 2004-2020, les acquéreurs stratégiques payaient en moyenne 0,2× EBITDA de plus que les fonds. Depuis 2021, la tendance s’est inversée : les fonds paient désormais en moyenne 0,9× EBITDA de plus que les stratégiques.
| Période | Écart moyen fonds vs stratégiques | Lecture |
|---|---|---|
| 2004-2020 | -0,2× (stratégiques payent plus) | Régime historique de synergies industrielles |
| 2021-2024 | +0,9× (fonds payent plus) | Régime de dry powder et levier LBO |
| T3 2024 | +1,3× | Point haut du nouveau régime |
Cette inversion repose sur quatre facteurs structurels : disponibilité des capitaux des fonds, conditions de financement favorables au levier LBO, concentration sur les actifs résilients premium, reprise du levier sur l’upper mid-market.
5. Implications pour les cédants et repreneurs
Le T3 2024 réouvre une fenêtre favorable après 3 ans de baisse des valorisations.
- Cédants : préparer un EBITDA normalisé (retraitement des charges du dirigeant), soigner le mémorandum et la data room, anticiper les dispositifs fiscaux (abattement départ retraite, apport-cession, pacte Dutreil). Le guide de la cession d’entreprise détaille la séquence complète.
- Repreneurs et acquéreurs en croissance externe : profiter de la fenêtre 8,8× EBITDA côté stratégique, calibrer le plan de financement (apport 20-40 %, prêt bancaire 5-7 ans, crédit vendeur). Les solutions IA d’origination comme Gravity Capital automatisent le sourcing de cibles alignées sur une base de 1,5 M d’entreprises françaises.
- Dirigeants en réflexion patrimoniale : la variante OBO (Owner Buy-Out) permet de rendre liquide une partie du patrimoine professionnel sans céder le contrôle opérationnel.
Voir aussi dans la série Argos Index
- Argos Index T4 2024 (trimestre suivant) : 9,8× EBITDA, pic du cycle de reprise.
- Argos Index Q1 2026 (dernier point disponible) : 8,6× EBITDA, premier rebond après les tensions 2025.
FAQ Argos Index T3 2024
Quel est le multiple Argos Index au T3 2024 ?
Le multiple médian VE/EBITDA s’établit à 9,5× au T3 2024, en hausse de 0,3× vs T2 2024 (9,2×). C’est le premier rebond significatif après 3 ans de baisse (de 11,6× fin 2021 à 8,9× fin 2023).
Quels facteurs expliquent le rebond au T3 2024 ?
Baisse de l’inflation zone euro sous 2 % en septembre 2024, première baisse de taux de la BCE, reprise du marché LBO, retour de confiance des fonds d’investissement.
Pourquoi les fonds payent-ils 1,3× EBITDA de plus que les stratégiques ?
Les fonds disposent de liquidités levées entre 2021 et 2024 à déployer, profitent du faible coût de la dette pour activer l’effet de levier LBO, et concentrent leur capital sur les actifs résilients premium. C’est une inversion structurelle par rapport à la période 2004-2020 où les stratégiques payaient en moyenne 0,2× de plus.
Le rebond est-il durable ?
La trajectoire post-T3 2024 confirme un cycle de reprise jusqu’à fin 2024 (pic à 9,8× EBITDA au T4 2024), suivi d’une phase de tensions en 2025 et d’un nouveau rebond au Q1 2026 à 8,6× EBITDA. Le marché est entré dans un cycle moyen normalisé.
Comment utiliser l’Argos Index pour valoriser sa PME ?
L’Argos Index donne un repère de marché européen sur le segment mid-market (15 à 500 M€ de VE), à ajuster selon secteur, taille, croissance, résilience des revenus et qualité de l’équipe. Pour les TPE et petites PME, les multiples observés sont structurellement plus bas.
Sources
- Argos Index officiel — Argos Wityu / Epsilon Research, multiple médian VE/EBITDA sur 6 mois glissants depuis 2006.
- Eurostat — données d’inflation et de croissance PIB zone euro T3 2024.
- Argos Index T4 2024 — trimestre suivant dans la série.
- Argos Index Q1 2026 — dernier point disponible.
- Guide de la cession d’entreprise — méthodes de valorisation.
- Guide du financement LBO — montage holding, mère-fille, intégration fiscale.